Roméo et Juliette

1916
Metteur en scène :
Ernest Fournier
Texte :
William Shakespeare

Louée pour l’habileté de sa mise en scène, la beauté de ses décors et musiques originaux, la tragédie shakespearienne, à l’égal d’entreprises audacieuses de la saison, fait « honneur à la largeur de vues de M. Fournier, à sa constante préoccupation de doter Genève d’un théâtre d’art, en même temps que d’une scène où la tradition classique, le répertoire moderne et les innovations contemporaines s’associent et se fondent harmonieusement. »

La revanche de la mise en scène

« Pour que cette fête dramatique fût un de ces spectacles où, comme dans les drames antiques, collaborent presque tous les arts »

Parce qu’il a tenu à jouer l’œuvre dans son intégralité, Ernest Fournier hérite d’une traduction notoirement mauvaise.

S’efforçant de la contrer, il s’entoure de Louis Molina pour les décors et de Serge Pahnke pour les costumes et les compositions de groupes. Ensemble, ils cherchent « non pas une réalisation matérielle exacte et minutieuse, mais bien plutôt une sorte d'évocation des scènes conçues par l'imagination du poète, laissant au spectateur cette jouissance rare de trouver par lui-même les éléments d'émotion et d'art du spectacle. »

Gazette de Lausanne

Les écueils du décor shakespearien

« On sait qu’avec Shakespeare le décor change presque à chaque scène. Pour surmonter cette difficulté de mise en scène, divers procédés ont été imaginés.

L’adaptation consiste à bouleverser le texte pour le rendre exécutable dans un nombre de décors réduit. Coupant de ci, intervertissant de là, l’adaptateur arrive à produire un monstre que Shakespeare eût sûrement refusé de reconnaître comme sien.

On a essayé aussi du décor multiple : une décoration unique réunit plusieurs scènes en une seule, d'un côté une rue, ailleurs un intérieur, plus loin un jardin ; et l’action se déroule ininterrompue, tantôt à gauche, tantôt à droite, tantôt au milieu du théâtre. 

C'est, sauf erreur, M. Antoine qui a tenté cette expérience à l'Odéon. » 

Gazette de Lausanne
 

M. André Antoine

« Pahnke a donc groupé les personnages de telle manière que les lignes de leurs corps forment un ensemble d’une harmonie précise et symbolique »

« Quand, devant les cadavres de leurs victimes, les familles ennemies se réconcilient, leurs chefs se penchent amicalement l’un vers l’autre ;
les courbes de leurs dos sont parallèles aux lignes de l’ogive, qui les domine ; au premier plan, les assistants sont comme les piliers verticaux de cette architecture vivante. »

André Oltramare

L’ingéniosité du décor

« La partie antérieure de la scène est simplement tendue de draperies de couleur neutre ; c’est là que se jouent toutes les scènes d’intérieur, avec adjonction des accessoires indispensables.

L'arrière scène s'ouvre lorsque le théâtre doit représenter une place, une rue, un jardin, un monastère, etc., et une simple toile de fond avec parfois une ferme fournit l'illusion nécessaire. 

Avec très peu de modifications et d'adjonctions, aidées d'un éclairage approprié, on obtient des effets admirables... »

Gazette de Lausanne


 

« Les décors de Molina sont composés comme ceux qui firent en partie le grand triomphe de l’Annonce faite à Marie et de la Nuit des Rois.

Deux murailles sombres encadrent toutes les scènes, en coulisses, au premier plan ; elles font surgir l’image de ces demeures farouches, aux fenêtres grillées, aux portes de donjon, où s’abritent l’orgueil et la cupidité des familles patriciennes. 
En arrière, se succèdent plus claires, évoquant la lumière italienne, les toiles de fond de chaque scène (…) »

André Oltramare

Louis Molina

Distribution

1916, ROMÉO ET JULIETTE

De William Shakespeare
Production Comédie

Mise en scène : Ernest Fournier
Décors : Louis Molina
Costumes : Serge Pahnke
Musique : W. Montillet
Danses : Mmes Privat et Poncy

Distribution :
Le Prince de Vérone : Paul Daubry
Paris, cousin du prince : M. Ferny
Montaigu : M. Bervé
Capulet : François Gournac
Roméo : M. Merlin
Mercutio : M. Gray
Benvolio : M. Vincent
Tebaldo : M. Desormes
Don Laurence : M. Le Gal
Le frère Jean : M. Villers
Vieux Capulet : M. Loire
Abraham : M. Zilver
Un officier : M. Hébert
Samson : M. Vierne
Gregorio : M. Guéras
Un page de Paris : Mme Martys
Un page : Mme Alby
Un apothicaire. M. Verzil
Un domestique : M. Revé
Dona Montaigu : Mme Carmen d’Assilva
Dona Capulet : Mme Meurville
Juliette : Mme Stever
La nourrice : Mme Lody-Vizentini
Les deux bouffons (danseurs) : MM. Rabinovitch et Alex