1913

Création
2013
Mise en scène :
Nalini Menamkat
Texte :
Mathieu Bertholet

Ni hagiographie, ni biopic, ni reconstitution nostalgique. Mais théâtre dans le théâtre construit autour du prisme du souvenir : « c'est l'histoire d'un désir de théâtre et d'un échec, puisque ce monsieur Fournier finira par faire une programmation pour les bourgeois, dans l'espoir de remplir sa salle », résume l’auteur.

A l’heure où la nouvelle Comédie est une fois de plus différée, la problématique – art ou rentabilité – que cette commémoration du centenaire de l’institution met sous les feux de la rampe chatouille l’actualité. 

« Vous l'avez votre théâtre. Mettez-y quelque chose à présent ! »

« Dans la pièce de Mathieu Bertholet, les personnages se rengorgent de fierté, on flatte les velléités identitaires : ‘Nous ne sommes pas la province française ! Nous sommes Genève !’ Mais les idéaux se dégonflent : il faut remplir les caisses.

C'est cette décomposition des visées révolutionnaires que pointe avec ironie l'auteur », souligne Julien Burri dans L’Hebdo. De fait, « je trouve de l'intérêt à explorer les ressorts de l'ambition et de l'échec. Tous les personnages vivent un échec, soit qu'ils trahissent leurs idéaux, soit qu'ils s'y cramponnent sans compromis » observe Mathieu Bertholet.

Ballotés de l’utopie irréalisable de l’art social à l’audace de bâtir à l’aube de la Première Guerre mondiale, Fournier et ses acolytes se retrouvent pris dans un inextricable entre-deux.


 

« Ce statut d’entre-deux, je le trouve personnellement extrêmement intéressant. C’est ce qu’on pourrait appeler un ‘entre-deux de l’engagement’, qui reflète bien ce sens du compromis qui fait à la fois la force et la faiblesse de la ‘mentalité’ suisse. »

Nalini Menamkat

« Une approche délicate et légère »

« Les comédiens sur ce tréteau à la fois encombré et nu varient à plaisir de rythmes et de débit. Dans la mise en scène de Nalini Menamkat ces personnages jouent comme des gosses des ouvertures et des surfaces aux multiples possibilités de la scénographie. »

Joël Aguet


 

Photos de répétition

« J'aime beaucoup ce qu'elle a fait de mon texte. Elle a souligné l'aspect léger et humoristique du texte, ça me plaît. L'intelligence me fait rire, le savoir est jubilatoire. »

Mathieu Bertholet

Un zest de Fellini pour la folie

« Ce prisme du souvenir me donne une liberté immense et va me permettre de me dégager d’une certaine forme de réalisme.

Grâce à Mathieu, j’ai la possibilité de réinventer ce passé de manière assez délirante, assez folle. D’aller dans quelque chose d’excessif. Tout ne sera pas sur ce mode-là. Mais on pourra jouer entre les deux. »

Nalini Menamkat

La griffe fellinienne

La griffe fellinienne 

« Fellini est une forte source d’inspiration : on a souvent l’impression dans ses films d’être dans le réalisme, mais ce réalisme, à un moment donné, dégénère... Comme si le réel se heurtait à des mondes parallèles cachés dans des sous-sols, des à-côtés, des grottes, où tout à coup peut surgir de l’improbable, du démesuré. »

Nalini Menamkat


 

« La fellinienne mise en scène de Nalini Menamkat glisse avec autant d'élan de la reconstitution à l'onirisme que de l'opérette au cinéma. Jouant du sous-texte plus allègrement encore que du texte, elle fait d'un bout à l'autre l'éloge du théâtre, cet ‘art de la communauté’ à travers les siècles. »

Katia Berger

Pourquoi un chantier ?

Certes, le chantier et ses gravats évoquent la construction du bâtiment (sa dimension archéologique), suggèrent le travail et la condition des ouvriers (public-cible du théâtre rêvé) comme les grands rêves laissés en chantier par la Grande Guerre.

Mais « Appia a également influencé la scénographie de 1913 parce qu’il nous a fallu créer le décor avant d’avoir en mains le texte, précise Nalini Menamkat. (…) Cette idée vient aussi de Copeau, qui avait transformé la scène du Théâtre du Vieux-Colombier en une architecture fixe où puisse se jouer n’importe quelle pièce. »


 

Tout Molière en un lieu idéal

Un lieu unique pour jouer tout Molière

1981. A un mois d’intervalle, les spectateurs de la Comédie ont pu admirer les lieux théâtraux uniques que la scénographe Claude Lemaire créa pour la Bérénice d’Antoine Vitez et Le Misanthrope (> époque vachoux, 1981 misanthrope, zoom décor § ce dépouillement) mis en scène par André Steiger. A la fois concrets et métaphoriques.
« On pourrait d’ailleurs imaginer, avait-elle précisé, dans la droite ligne du Jacques Copeau du début des années 1930, un lieu théâtral dans lequel, par convention, il serait possible de jouer tout Molière ou tout Racine… »

« Nous sommes donc partis sur l’idée d’un dispositif ‘idéal’ de jeu, sans références textuelles : un dispositif qui amène à une certaine forme d’abstraction »

Distribution

1913

De Mathieu Bertholet
Production Comédie de Genève
Du 31 janvier au 9 février 2013

Mise en scène : Nalini Menamkat
Dramaturgie : Katia Schwerzmann
Scénographie et costumes : Marie Szersnovicz
Assistante de recherche pour l’écriture : Julie Rossello-Rochet
Lumière : Jonas Bühler
Son : Graham Broomfield
Avec la participation des Cadets de Genève, sous la direction de Pierre-Alain Bidaud
 

Distribution :
Ernest Fournier : Vincent Babel    
Copeau : Caroline Gasser
William Viollier et l'Ouvrier : Roland Gervet
Henry Baudin : Michel Kullmann
L'Auteure : Sabrina Martin
Lily Brélaz : Barbara Tobola